Réveil aux aurores pour cette traversée qui restera gravée dans nos mémoires. Beaucoup de discussions concernant la décision de départ. La météo à Iqaluit ne joue pas en notre faveur avec un plafond nuageux bas et des conditions givrantes prévues en altitude. Le givre n’est pas un problème pour les avions de ligne, mais il l’est davantage pour les appareils d’aviation générale qui ne sont, pour la plupart, pas équipés de systèmes de dégivrage. Il faut donc à tout prix les éviter.
L’aspect psychologique est omniprésent. La fébrilité du voyage se fait sentir. L’excitation d’une telle traversée est palpable. La sécurité du vol est constamment dans nos esprits. Nous avons quelque 700 km de survol maritime qui nous attendent.
Les dernières prévisions sont prises avec le petit déjeuner. Le départ se confirme. Des nuages bas sont à prévoir dans la vallée juste après le décollage d’Iqaluit, mais la situation devrait s’améliorer après une heure de vol. Afin d’éviter le givrage, nous avons prévu de voler à 3 000 ft (1 000 m) du sol.
Une fois à l’aéroport, nous revêtons nos combinaisons « dry suit ». Nous sommes concentrés sur notre vol, mais aussi heureux de réaliser cette étape de notre périple. Nous enfilons les gilets de sauvetage et plaçons le radeau de survie de manière à ce qu’il soit facilement accessible en cas de nécessité. Le pompiste vient de finir de remplir les réservoirs. Nous effectuons un dernier tour de l’avion pour nous assurer que tout est en ordre et c’est un go !
Le départ se fait à une altitude limitée. Les paysages dans la vallée d’Iqaluit sont magnifiques. L’eau n’a pas encore totalement dégélé, ce qui crée des scènes spectaculaires. Peu après une heure de vol, nous voilà sortis du fjord et l’océan s’offre à nous droit devant. Tous les paramètres moteurs sont dans le vert et le carburant n’est pas un souci pour cette première grande traversée. Nous nous élançons vers le Groenland non sans émotion !
Les paysages se ressemblent, mais on ne s’en lasse pas. Des étendues d’eau à perte de vue dans toutes les directions. Le reflet des nuages sur l’océan rend le moment presque surréaliste. La musique qui nous accompagne dans nos casques nous permet de totalement déconnecter du monde terrestre le temps du vol. Nous vérifions en permanence les paramètres moteur : « Température et pression d’huile dans le vert ». Un sentiment de liberté s’offre à nous, tout en sachant que nous sommes à la merci des conditions météorologiques, d’une potentielle avarie mécanique et que nous n’avons aucun contact radio avec la terre ferme, les distances étant trop importantes pour que les fréquences VHF nous rejoignent.
Qui dit longue traversée dit besoin de se restaurer. Ne vous inquiétez pas, tout est prévu ! Nous ne volons pas en classe affaire, mais tous les services sont inclus (enfin presque). Nous savourons un bon sandwich. Le repas se termine avec un expresso Nespresso (What else?). Oui, oui, nous avons une machine Nespresso portable qui nous permet de déguster un bon café, même au milieu de l’océan.
Après quelques heures de solitude au-dessus de l’eau, nous entendons enfin une voix humaine. Nuuk Information, le contrôle aérien du Groenland, nous contacte. Ça y est, nous nous rapprochons des côtes. Quelques minutes plus tard, nous commençons à apercevoir au loin la terre ferme. Les montagnes de la côte ouest du Groenland se dessinent devant nous. Nous avons des frissons. Un paysage extraordinaire se déploie. La couleur de l’eau est un mélange de bleu marine, provenant des profondeurs de l’océan, et de bleu presque turquoise, issu de la fonte des glaces. Des centaines de petites îles défilent en dessous de nous et nous avons enfin une vue sur la ville de Nuuk, capitale du Groenland.
NOUS SOMMES ARRIVÉS ! Nous voilà enfin sur le tarmac de l’aéroport où nous sommes bien accueillis. Surprenamment, pas de douane… le contrôleur nous indique « je les ai prévenus, c’est leur problème s’ils ne viennent pas ». Passage de frontière le plus rapide au monde! Nous montons à la tour de contrôle d’où nous profitons d’une vue globale sur ce petit aéroport qui accueillera des Airbus dès l’an prochain. Le développement du tourisme de masse se fait ressentir dans ces endroits reculés, jusqu’à présent protégés.
Une fois arrivés à l’hôtel, notre journée n’était pas terminée. Voler, c’était bien, mais il fallait aussi bouger ! Nous sommes partis courir, chacun à notre rythme (et oui… l'histoire ne dit pas qui est le plus rapide). L'air frais de la côte de Nuuk était revigorant. Des maisons colorées étaient disséminées partout, avec vue sur le fjord.
Un dépaysement total pour finir une journée qui restera - c’est certain - mémorable.












